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PROPAGANDA

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« L’ingénierie du consentement est l’essence même de la démocratie, la liberté de persuader et de suggérer »

Edward Bernays - Propaganda : Comment manipuler l'opinion en démocratie 

 

La propagande cherche à aiguiller les espérances de l'opinion publique, à modifier les actions des personnes ciblées.

La censure peut participer des modalités de la propagande en supprimant les informations que le pouvoir souhaite ne pas divulguer.

Dans sa forme la plus dure, la propagande façonne la connaissance des personnes par n'importe quel moyen dont la diversion ou la confusion.

 

Les origines de la propagande

La propagande politique au XXème siècle n’est pas née dans les régimes totalitaires, mais au cœur même de la démocratie libérale américaine avec les travaux d’Edward Bernays (1891-1995), neveu de Sigmund Freud.

 

On lui doit la théorie de la manipulation de l’opinion publique qu’il a notamment mis en application pour le Président des Etats-Unis Woodrow Wilson afin de faciliter l’entrée en guerre des États-Unis en 1917.

Il a également mis au point les techniques publicitaires modernes et participé à de nombreuses campagnes de déstabilisation politique en Amérique latine pour le compte de la CIA.

Il a, par ailleurs, introduit les termes d’esprit de groupe et d’ingénierie du consentement, des concepts clés en propagande appliquée.

Son œuvre majeure, Propaganda, est à la fois une théorie des relations publiques et un guide pratique de cette « ingénierie du consentement ».

 

Selon lui, la propagande n’est pas terme péjoratif car l’action de dominer et manipuler les foules est inévitable, nécessaire pour « organiser le chaos » et même profitable pour « guider » la masse « égarée », ainsi soulagée de l’éreintante tâche de penser par soi-même.

 

C’est ainsi que Bernays fonde toute son argumentation sur l’évacuation de l’individu et la fatalité du consentement populaire.

 


Une théorisation de la propagande

Reprenant les travaux de Bernays et de Lord Arthur Augustus William Harry Ponsonby, l’historienne Anne Morelli a dressé en un tableau simple, en dix principes élémentaires,  les méthodes utilisées durant les conflits.


C’est ainsi qu’il faut faire croire que :

 

 

1- Nous ne voulons pas la guerre

2- Le camp adverse est le seul responsable de la guerre

3- Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou « l'affreux de service ») ou est moralement condamnable

4- C'est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers

5- L'ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c'est involontairement

6- L'ennemi utilise des armes non autorisées

7- Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l'ennemi sont énormes

8- Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause

9- Notre cause a un caractère sacré

10- Ceux qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres

 

Actualité des méthodes d’analyse

Lorsque l’on veut aborder la question de l’analyse de la propagande, il faut signaler les travaux de l’IPA (Institute for Propaganda Analysis) et qui fut créée dans l’entre deux guerres par des scientifiques, inquiets de la puissance de la propagande en temps de guerre et de paix dans les démocraties.

Leur idée était de fournir au citoyen ordinaire des outils d’analyse pour détecter la propagande et, donc, de ne plus en être victime.

L’IPA a dénombré « 7 principes » (name calling, glittering generalities, transfer, testimonial, plain folks, card stacking, and bandwagon) qui sont devenus des termes «classiques» dans le domaine.

Ainsi ont été décrites les notions de :
1  Étiquettes péjoratives

Cette technique consiste à accoler simplement un nom à un groupe pour évoquer des images négatives et contrôler l’aspect réel ou imaginaire de son identité évoqué du seul fait de nommer les Huns, les Boches, les Rouges,... Cette méthode renvoie à un principe plus général : le contrôle des dénominations.

Le pouvoir commence par le celui de nommer et de circonscrire le champ du pensable et du discutable.
2  Euphémisme et dissimulation

Les mots servent ici à occulter le caractère de ce dont on parle, à le banaliser ou à lui ôter ses implications les plus gênantes.

Frappe chirurgicale sonne mieux que bombardement et « les événements» évoque moins la gravité de la situation que « la guerre ».
3  Brillantes généralités et noms prestigieux

Le propagandiste accole un terme évoquant le Bien, le Juste, le Beau…à ce qu’il désire promouvoir. Le « camp de la paix » ou l’opération « juste cause », l’appel à tout bout de champ à la tolérance ou à la patrie servent ainsi à capter le prestige de valeurs pour paralyser la critique. Qui oserait se dire opposé aux Travailleurs, à la Diversité ou à l’Autre ?
4  Argument d’autorité

Il s’agit de citer des personnalités prestigieuses, «des scientifiques», «des intellectuels», les «autorités morales» voire des vedettes. Sans se demander si le fait de très bien chanter ou d’être un remarquable spécialiste de la biologie moléculaire donne compétence pour parler réforme fiscale.
5  Argument de banalité

Il consiste à rappeler que l’homme de la rue pense que…, Comment aller contre le bon sens populaire ?

Si Monsieur Dupont ou M. Smith sont de cet avis, comment contredire les évidences auxquelles croit l’homme du commun ?
6  Argument de simplicité

En réduisant tout à des alternatives binaires, on joue sur la paresse mentale du public en lui proposant des explications faciles à reprendre et des jugements de valeur. C’est la stratégie du Yaka…
7  Unanimisme et effet moutonnier

Le nombre des partisans d’une idée sert à l’appuyer. Tant de monde ne peut pas se tromper, n’est-ce pas ? Cette conviction sera renforcée si l’on peut voir ces foules enthousiastes ou en faire partie.
8  Transfert et fausses connexions

Il s’agit d’associer la cause que l’on défend (ou inversement) avec des symboles plus généraux positifs ou négatifs suivant le cas : drapeaux, prières, images de héros et de grands hommes, emblèmes de la Nation, références à la Science…

Le but est de s’approprier le prestige d’une valeur positive ou, au contraire de lier l’adversaire à la Barbarie, à l’Archaïsme, au Fascisme.
L’appel à la Peur

La Nation est en péril, nous subissons une invasion invisible, la tyrannie est à nos portes, la violence monte, un complot nous menace, X va prendre le pouvoir.

La seule solution est de voter X ou de soutenir Y.

Avantage collatéral, cette technique peut se combiner avec celle du Bouc Émissaire : si tout va si mal, c’est de la faute des étrangers, des capitalistes, des militaristes, des conspirateurs…

 

Dans la pratique quotidienne, on peut utiliser un schéma théorique simplifié développé par Clyde Miller, chercheur à l’IPA qui propose quatre leviers :

1 Levier d’adhésion (virtue device) : faire accepter une personne, une idée ou un parti comme « bon » en l’associant à des mots ou symboles « bons »
2  Levier de rejet (poison device) : l’opération inverse avec des symboles du mal ou de valeurs détestées.
3  Levier d’autorité (testimonial device) : récupérer le prestige d’un homme ou d’une institution ou exagérer la valeur exemplaire d’un cas pour faire approuver ou rejeter.
4  Levier de conformité (together device) qui fait appel au poids de la masse des partisans ou à l’appartenance à une entité supérieure, Nation, Église pour obtenir l’adhésion.

Dans les années 50 exposée par J.M. Domenach a présenté une grille légèrement différente car pour lui, la propagande suppose :
1  la simplification et le choix d’un ennemi unique
2  le grossissement et la défiguration des faits (ce qui ne signifie pas le mensonge systématique : moins la propagande risque d’être démentie et le trucage démontré, plus elle est efficace)
3  l’orchestration dans la répétition des thèmes principaux,
4  la «transfusion » qui est l’emploi des mythes préexistants et affects collectifs mobilisés au service de la cause
5  Le principe d’unanimité et de contagion : la pression conformiste du groupe sur l’individu

 

Globalement, la propagande sert à faire entrer dans un cerveau humain, et dans des proportions diverses, des informations (au sens d’énoncés, d’assertions, de descriptions de la réalité), des représentations (des symboles, des catégories générales, des images de certaines réalités abstraites comme la Nation, le Prolétariat ou le Droit), des valeurs, des décisions (« oui je voterai Machin »), des émotions (« ces Poldèves, quelles brutes sanguinaires ! »)…

Elle peut être utilisée à des fins différentes qui peuvent fréquemment se chevaucher.

Ainsi, la propagande sert :

  • à un endoctrinement de fond
  • à maintenir le propagandé dans un état qui lui fasse percevoir le monde où il vit comme naturel, acceptable ou inéluctable : c’est ce que nous pourrions appeler de la propagande pour le système
  •  à provoquer un engagement jusqu’au sacrifice
  •  à inciter à des choix simples à un moment précis (voter oui ou on à un referendum),
  • à contrôler empêcher les mauvaises nouvelles de circuler et l’opposition de s’exprimer
  •  à maintenir le moral de la population dans des circonstances comme une guerre et à atteindre le moral adverse
  • à célébrer les mérites d’un dirigeant ou candidat, comme ceux d’une marque commerciale (mais dans ce dernier cas, il vaut mieux parler de marketing politique que de propagande..)

Bien entendu, l’efficacité de la propagande dépend du rapport entre objectifs et moyens disponibles.

 

 


Bibiographie :

Edward Bernays - Propaganda : Comment manipuler l'opinion en démocratie 

Anne Morelli - Principes élémentaires de propagande de guerre

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